Plutôt mémoire biologique ou mémoire numérique ?

Elle filme un événement

Plutôt mémoire biologique ou mémoire numérique ?

Comme vous le savez si vous êtes un(e) fidèle lecteur(-trice), @LesSmartAddicts aiment bien se poser des questions. Et une question qui les divise pas mal en ce moment est : mieux vaut-il vivre un évènement à travers ses propres yeux ou à travers l’écran de son smartphone ?

Régression ou extension ?

Ce qui est sûr, du moins pour la psychologue américaine Linda Henkel (2013), c’est que le processus d’archivage d’un instant nous empêche de le vivre pleinement. Pire, le fait de prendre une simple photo favoriserait un phénomène de « dépréciation », où la mémoire ne travaillerait quasiment plus, puisque figée extérieurement. En d’autres termes, plus besoin de créer le souvenir, puisque la technologie le fait pour nous.

Aujourd’hui pourtant, cette même technologie est presque devenue une extension de nous-mêmes tant elle occupe une place importante dans notre façon de vivre un évènement. Notre mémoire déborde, en un sens, sur cette extension permise par nos smartphones. On passe d’une réalité très personnelle, vécue et ressentie uniquement par soi, à une réalité plus palpable et plus ancrée. D’une certaine façon, en numérisant un évènement, on passe d’un « j’y suis » très personnel et soluble, à un « j’y étais » beaucoup plus social et qui renvoie dès lors à un instant figé dans le temps.

Le problème, si toutefois c’en est un, est donc que le souvenir délaisse le support biologique (la mémoire) au profit d’un support numérique (le smartphone).

Un souci de réalité

De plus, là où le temps déforme le récit, la photo le grave et le fige dans un souci de réalité. Avec la photo, le témoignage se pare d’un réalisme tout à fait nouveau : le récit est conservé dans son originalité et capture l’instant sans autre volonté que d’en témoigner. On passe donc d’une réalité impalpable, biaisée par le souvenir et parfois bien loin de la vérité, à une réalité brute, figée et sans détour de l’esprit, donc cruellement plus proche de la vérité.

Tout bénef’ pour les défenseurs du numérique qui préfèrent y voir un prolongement de la mémoire humaine plutôt qu’une entrave à cette dernière, un peu comme l’outil peut être considéré comme un prolongement du corps. Autrement dit, plus besoin de se fatiguer à se souvenir, puisque la technologie le fait mieux que nous.

Le troubadour 2.0, du témoignage au partage

Mais l’avantage de vivre un événement à travers l’écran de son portable n’est pas seulement question de témoignage ni de souvenir ; c’est également une question de partage. Aujourd’hui, l’instantanéité nous permet de partager en qualité de témoin n’importe quel évènement à toutes nos communautés (amicales, familiales, professionnelles…etc.). Nous passons donc de simples témoins à une nouvelle forme de troubadours du XXIème siècle, qui romance et diffuse les événements qu’il vit à travers ses réseaux sociaux.

De la même façon que la démocratisation de l’écriture a révolutionné les pratiques de partage du savoir chez nos ancêtres, l’arrivée du numérique a permis à chacun de se faire rapporteur d’un événement. Cette dynamique fait passer la captation de l’évènement de simple archivage à un véritable support de partage communautaire. On passe ainsi de « j’y étais » à « nous y sommes, ensemble ».

Un changement de paradigme

Finalement, la façon de vivre un événement change peu. On a simplement ajouté une interface entre nos yeux et l’évènement. C’est la façon de le « consommer » qui change, ou plutôt qui évolue. On assiste simplement à un changement de paradigme, où l’événement a toujours été prétexte au témoignage, mais où les techniques actuelles apportent une nouvelle dimension de partage. Du coup, la forme que prend le récit évolue aussi !

Alors ? Régression ou extension ? Témoignage ou partage ? Biologique ou numérique ?
On vous laisse en décider… Nous en tous cas, on retourne troubader.



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