LIBRA : le projet de monnaie de Facebook prendrait-il l’eau ?

Monnaie Libra de Facebook

LIBRA : le projet de monnaie de Facebook prendrait-il l’eau ?

Tout Zuck qu’il est, à la tête de son empire mondial, le patron de Facebook est en train d’essuyer de sérieux revers dans son projet LIBRA. Explications…

LIBRA, vous savez sans doute ce que c’est. On vous avait informé de ce projet dans un article publié cet été, alors qu’il en était à un stade d’avancement suffisamment crédible pour avoir l’honneur de nos colonnes : FACEBOOK lançait une sorte de monnaie virtuelle (LIBRA) et un porte-monnaie (CALIBRA) permettant d’utiliser la LIBRA et de transférer des fonds « aussi  facilement qu’on envoie une photo ou un texto sur sa messagerie aujourd’hui ». LIBRA devait notamment court-circuiter les intermédiaires dans les transferts de fonds dans des pays « reculés » où le groupe se positionne sur des besoins aussi essentiels que de donner accès à Internet et aux fonctionnalités d’un compte en banque à ceux qui n’en ont pas. Le tout avec la bénédiction d’acteurs tels que VISA, MASTERCARD, PAYPAL (services de paiement), UBER, LYFT, SPOTIFY, EBAY, (services et ventes en ligne), ILIAD, VODAFONE (opérateurs télécom) et même des fonds d’investissements et des ONG qui promettaient d’abonder chacun à hauteur de 10 millions de dollars…

LIBRA prend du plomb dans l’aile

Depuis quelques jours, les mauvaises nouvelles s’accumulent autour de ce projet, et certains (comme l’AFP) titrent déjà que LIBRA pourrait être le 1er échec cuisant pour Mark Zuckerberg…

Que s’est-il passé ?

1- Les principaux acteurs des services de paiement en ligne (PayPal, Visa, Mastercard, Stripe) mais aussi Booking et eBay viennent de se retirer du projet, juste avant le jour J (le 14 Octobre) où tous les partenaires fondateurs devaient se retrouver à Genève pour la signature conjointe d’une charte officielle. Même s’ils laissent quand même la porte ouverte à une collaboration future, c’est rude!

2- Il faut dire que les institutionnels font ce qu’il faut pour semer le doute et déstabiliser le projet.

a- Aux Etats Unis, des sénateurs américains ont adressé une lettre plutôt menaçante aux sociétés de paiement qui leur disaient notamment : Facebook « n’a pas fourni de plan clair sur comment empêcher Libra de faciliter le financement d’activités criminelles et terroristes, déstabiliser le système financier mondial, interférer avec les politiques monétaires ou exposer les consommateurs à des risques qui n’affectent aujourd’hui que des investisseurs professionnels »,  « Si vous restez dans le projet, vous pouvez vous attendre à des examens poussés de la part des régulateurs non seulement d’activités de paiement liées à LIBRA, mais aussi de toutes vos activités de paiement. » (source : le site spécialisé The Verge). 

b- En Europe, la banque centrale européenne a pris pour cible générale les « stables coins » (des monnaies virtuelles stables et globales) comme s’il pouvait en exister d’autres que LIBRA pour semer les mêmes doutes sur le risque de déstabiliser les Etats souverains et leurs banques centrales, financer le terrorisme, favoriser l’évasion fiscale… bref semer une pagaille mondiale ! Le G7 s’est même fendu d’un communiqué disant : « Nous convenons qu’aucun projet de monnaies numériques stables ne devrait être lancé tant que les problèmes et les risques juridiques, réglementaires et de surveillance n’auront été réglés de manière adéquate ».

L’un des problèmes identifiés en particulier est celui de déstabiliser dramatiquement des monnaies exposées à l’inflation.

 

c- La France, l’Italie et l’Allemagne ont carrément annoncé que LIBRA n’était pas la bienvenue en Europe et qu’elles allaient prendre des initiatives dans ce sens : « c’est notre souveraineté qui est en jeu » déclarait tout récemment Bruno Lemaire, le ministre de l’Economie et des Finances français… tout en expliquant : « la grande différence entre Facebook et les Etats, c’est que nous sommes soumis au contrôle démocratique, c’est-à-dire au contrôle du peuple ».

La réponse de LIBRA pour restaurer la confiance

Il faut reconnaître qu’elle est peu audible pour le moment. Le secrétaire général de l’association dit qu’à l’échelle du projet, un retard de quelques trimestres ne posera aucun problème, et annonce que rien ne sera lancé tant que les régulateurs ne seront pas rassurés…Voilà un calendrier plus qu’incertain.

Quand aux autres partenaires, ceux qui restent, comme les inconditionnels de la e-économie (UBER LYFT, COINBASE, SPOTIFY), ils ont confirmé à Genève qu’ils restaient dans le projet en assurant que le départ de ces géants du paiement en ligne ne changeait rien du tout…

Xavier Niel, autre partenaire solidaire, s’est même fendu d’une tribune dans le journal LES ECHOS exhortant les européens à soutenir la LIBRA en expliquant que le projet « Libra existera, c’est inéluctable, avec ou sans nous, que les Etats le souhaitent ou pas… ».

Ce ne sera pas la première fois que les experts et hommes d’affaires les plus distingués pourront faire des évaluations de projets radicalement opposées. Chez les SMARTADDICTS, on ne s’est pas encore prononcé et on va se contenter de vous maintenir informés…

A suivre.