LIBRA et CALIBRA vont s’inviter dans votre langage quotidien

Monnaie

LIBRA et CALIBRA vont s’inviter dans votre langage quotidien

Facebook a donc lancé sa crypto-monnaie… Et du coup, ce concept tech et entaché de suspicion spéculative avec le bitcoin et ses petites soeurs, devient affaire d’état et intéresse le monde entier, y compris les smartaddicts…

Pourquoi les Crypto monnaies sont-elles tendance?

Au début du commerce, on procédait par échange : un bien contre un autre. Et puis un jour (6èmesiècle avant Jésus Christ, un roi de Lydie a inventé la monnaie, en substituant aux lingots d’or des morceaux d’un alliage d’or et d’argent qui faisaient tous le même poids, avaient tous la même forme et étaient tous marqués d’un signe authentifiant leur étalonnage.

Le concept a fait fureur tellement il était pratique, et des monnaies locales se sont créées un peu partout où l’on aimait commercer. Puis on s’est rendu compte que la valeur de la monnaie dépendait beaucoup de la confiance qu’on lui donnait, à elle et à ceux qui l’émettaient. Les monnaies locales ou privées ont peu à peu disparu pour laisser la place aux monnaies souveraines, émises par des Etats nations…

Aujourd’hui, les monnaies privées réapparaissent sous forme de crypto-monnaies parce que les Etats apparaissent de plus en plus faibles, et parce que les entreprises et la technologie qui les sert sont de plus en plus fortes…

Avec l’arrivée (probable) de la crypto-monnaie de FACEBOOK annoncée en 2020, c’est l’image de toute la catégorie qui prend un coup de neuf (ou de vieux !), sérieusement écornée par les échecs plus ou moins marquants de ses prédécesseurs (bitcoin, Ethereum , Litecoin , Monero , Peercoin, Ripple…) qui n’ont justement pas su inspirer la confiance suffisante.

 

LIBRA et CALIBRA : kesako ?

Le 18 Juin dernier Facebook annonçait donc qu’il allait mettre à la disposition de ses 2,3 milliards d’usagers (et pas que !) une crypto-monnaie, le LIBRA, basée sur le principe bien connu de la blockchain, ainsi qu’un porte-monnaie pour pouvoir l’utiliser…le CALIBRA.

Côté LIBRA, concrètement, Facebook a confié à une fondation à but non lucratif le soin de gérer cette monnaie. Afin qu’elle ait un cours stable, le principe est qu’à chaque achat de cette nouvelle monnaie, la fondation s’engage à adosser l’équivalent en réserve, sous forme de titres gouvernementaux ou de devises…Facebook a su associer à sa démarche 28 « mega entreprises » (l’objectif est d’en avoir 100) qui seront co-responsables de la gouvernance de cette nouvelle monnaie : des services de paiement (VISA, MASTERCARD, PAYPAL…), des services et vente en ligne (UBER, LYFT, SPOTIFY,EBAY), des télecoms (ILIAD, VODAFONE), des fonds d’investissement et même des ONG…Tous ont mis 10 millions de dollars au pot, pour pouvoir participer et profiter de tous les avantages  que LIBRA promet (fluidité des échanges, baisse des coûts…).

Du coup LIBRA présente 3 différences substantielles avec BITCOIN :

On n’est pas dans des transactions de pair à pair, puisqu’il existe une autorité centrale

Les réserves de la fondation assurent une stabilité de la monnaie

Facebook jure que la LIBRA n’est qu’une monnaie d’échange et non une devise

Côté CALIBRA, il s’agit en fait d’un porte-monnaie électronique comme il en existe d’autres, géré par une filiale de FACEBOOK (on rentre dans la partie lucrative !), disponible sur toutes les applications du groupe FACEBOOK : FACEBOOK, INSTAGRAM, MESSENGER, WHATSAPP…. Ainsi, si vous avez de l’argent, vous pouvez le transformer en LIBRA et le mettre dans votre CALIBRA, puis profiter de transactions instantanées et à peu de frais, dans le monde entier.

Ce principe risque d’avoir un énorme succès notamment dans les pays en voie de développement où FACEBOOK est à un poste d’avant-garde pour donner l’accès aux technologies au plus grand nombre, et en particulier à ceux qui n’ont même pas accès aux banques…

On devine à ce propos que certains pourraient se faire « uberiser » (si ce terme existe encore), quand on sait qu’un transfert de fonds par les moyens conventionnels (bancaires et règlementaires) peut durer plusieurs jours et impliquer jusqu’à 5 intermédiaires…

LIBRA, affaire d’état ?

D’où la question qui fait trembler le monde et ses institutions : facebook est-il en train d’ouvrir une banque et de créer une monnaie concurrente des monnaies d’Etat ?

Pour le ministre de l’Economie français Bruno Le Maire, la réponse est claire : « S’il s’agit d’une monnaie souveraine, ça ne peut pas être le cas ! Une société privée ne peut ni ne doit créer une monnaie qui entrerait en concurrence avec les monnaies des États ».

Quant à l’idée d’une banque, le président de la Banque de France s’est fendu d’un commentaire non moins clair, après avoir souligné les risques de blanchiment liés à l’anonymat :  « Si le projet veut, au-delà des paiements, offrir des services bancaires comme des dépôts, des placements financiers et des crédits, alors il devra être régulé comme une banque, avec une licence bancaire dans tous les pays où il opérera. Sinon, il serait illégal »

Quant au président de la Banque centrale Américaine, il a estimé que LIBRA devrait être soumis à un examen détaillé qui pourrait durer un an.

En attendant, FACEBOOK avance ses pions, recrute de nouveaux partenaires, lance un bug bounty avec la plateforme HACKERONE pour inciter les chasseurs à détecter des failles de sécurité…, en promettant us$ 10.000 aux meilleurs.

A Lyon, on dirait « on n’est pas rendu » ! Mais ça ne veut pas dire qu’on ne va pas se rendre aux arguments de Zuckerberg qui décidemment a de la ressource pour renouveler les fils de son business model.

A suivre.